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mardi 20 mars 2012

Mardi 20 Mars 2012.

17°C au thermomètre, 20°C annoncés demain, même s'il faut s'attendre à un dernier coup de froid, ça sent le printemps !


Interlude.

"Chant des Jeunes Gardes" ou "La Jeune Garde" (~1920 ou 1936), Gaston Mardochée BRUNSWICK "Montéhus" (1872-1852).


Lundi 19 Mars 2012 : Grève général illimitée.

Toujours pour protester contre la hausse de 1.625$CAN des frais de scolarité imposée par le Parti Libéral du Québec (P.L.Q.) alors au pouvoir dans la Province canadienne de Québec, les étudiants en 2ème Cycle (Maîtrise) et 3ème Cycle (Doctorat) étaient invités à se prononcer pour ou contre la grève générale illimitée reconductible lors d'une Assemblée générale extraordinaire de l'ÆLIÉS (Association des Étudiants et des Étudiantes de Laval Inscrits aux Études Supérieures).


Premier essai le Mardi 13 Mars 2012, au local 1112 du Pavillon Adrien POULLIOT, un grand amphithéâtre. Précisons ici qu'un très fort mouvement étudiant avait secoué le Québec en 2005 et qu'à situation comparable, l'ÆLIÉS avait réuni en assemblée générale de grève un peu plus de 800 personnes. Le comité exécutif avait donc prévu deux locaux, contenant suffisamment de places pour accueillir autant de monde. Ouverture de la séance à 18h30. Dans les faits, à 19h ça continue de s'entasser dans les couloirs et de rentrer. À 20h, de plus en plus de monde, il est clair que nous ne rentrerons pas tous, on parle de 1.500-2.000 personnes, pour représenter les 11.000 étudiants aux cycles supérieurs. La Sécurité de l'Université Laval s'inquiète d'un tel regroupement , l'Assemblée Générale est reportée à une date ultérieure et dans un lieu plus vaste. Dommage, je n'avais pas mon appareil ce premier soir, c'était assez impressionnant entassés à 900 dans une salle de 450 places.

Deuxième essai, Lundi 19 Mars 2012, dans le stade intérieur du Pavillon d’Éducation Physique et Sportive (PEPS) dont les cours de tennis et d'athlétisme ont été annulés. Cette fois, le comité exécutif a vraiment bien fait les choses. Un filtre complet et efficace des étudiants, des bureaux alphabétiques pour le vote à bulletin secret, des rangées de chaises impeccables, une sono, la totale. Coût de l'opération : entre 4.000$CAN et 5.000$CAN. À ne pas recommencer trop souvent, ça coulerait l'association financièrement parlant.



On nous fournit des cartons pour le vote à main levée... des cartons rouges ! Rouge, symbole des grévistes ! Le comité s'en excuse et s'en explique, ils avaient demandé à la reprographie des feuilles d'une seule couleur en nombre suffisant pour 3.000 personnes... et la reprographie leur a envoyé du rouge. D'ailleurs nous n'étions pas 3.000, 1.500 tout au plus, 1.200 environ. L'échec de la semaine passée a servi de douche froide. Mais c'est quand même relativement gigantesque pour une assemblée générale.


Rapide bilan de la séance.
_Il a été proposé un référendum électronique pour décider la grève, car une assemblée générale n'est pas démocratique ni représentative. Proposition repoussée à majorité.
_Il a été proposé un vote électronique. Repoussé à majorité.
_Il a été discuté des modalités de la grève.
_La grève en elle-même a été proposée, s'en est suivie une séance plénière de trente minutes, qui a servi d'entracte, cela faisait presqu'une heure et demi que les débats duraient.
_Un amendement a été demandé sur les modalités de la grève. Repoussé à majorité.
_Dans une dernière tentative de bloquer la grève, constatant la majorité des carrés rouges (contre la hausse et pour la grève) dans la salle, un carré bleu (contre la hausse et contre la grève) a tenté de mettre en avant un défaut de procédure, rejeté par démonstration par le comité exécutif.
_Le vote secret a été demandé pour le vote crucial, immédiatement contré par une demande de vote ouvert. Par majorité, le vote à main levé est décidé.
_À 22h15, après 2h30 de débat, la grève générale illimitée reconductible chaque semaine est votée, par 625 (et non pas 725 comme je le disais dans mes courriels, désolé) voix contre 472 et 29 abstentions. Les grévistes laissent éclater leur joie. Un tiers des personnes présentes (de tous les bords malgré une majorité d'opposants à la grève) quitte la salle.
_La clôture de la séance est demandée. Repoussée à majorité.
_Les modalités de reconduction sont discutées.
_Étant entendu du coût d'une telle assemblée générale et de l'impossibilité physique des membres du comité exécutif de supporter une telle organisation chaque semaine, la reconduction par vote électronique hebdomadaire est approuvée à majorité, sous condition qu'en cas de proposition gouvernementale une assemblée générale soit tenue.
_La séance est close à 22h35, après presque quatre heure de débats.


C'est ainsi que 11.000 étudiants supplémentaires viennent grossir les rangs des grévistes. Des actions sont prévues en plus des manifestations, tous les cours seront piquetés et ne pourront être donnés. Nombre de professeurs soutiennent le mouvement, ça démarre bien.

Les débats se sont tenus respectueusement, condition nécessaire vu la foule rassemblée. Pour ne pas intimider les orateurs, il a été convenu d'applaudir en langage des signes ! ^^ Les carrés verts (pour la hausse et contre la grève) ont axé leur argumentation sur le caractère non démocratique d'une assemblée générale et ont tenté de repousser le vote de toutes les manières possibles. Ils se sont montrés agressifs mais non convainquant. Ils ont tenté de jouer la corde sensible, mais n'ont su que répondre lorsqu'on leur a fait remarquer que la grève gênait tout le monde et que l'assemblée générale permettait au moins d'en discuter, ce qui n'est pas le cas d'un vote électronique. Par ailleurs, les orateurs verts étaient, je trouve, moins brillants que les orateurs rouges, moins clairs, moins sûrs d'eux. Sachant que la plupart des verts sont en École d’Administration et sont issues des Jeunesses Libérales, ça ne nous promet pas des politiciens de haut niveau, s'ils peuvent se faire planter par des orateurs du peuple. ^^ Plus sérieusement, ceux qui ont vraiment joué la corde sensible sont les carrés bleus, qui ne parviennent pas à se faire écouter, méprisés par les verts, incompris par les rouges, mais qui ont au moins exprimé leur point de vue.


Enfin bref, me voilà en train de refaire mon bilan historiographique avec la satisfaction personnelle d'être en grève ! ^^ Il n'est pas dit que je ne participe pas à des piquetages, je suis même tenté d'aller à Montréal jeudi, mais je continue de bosser. C'est encore plus beau lorsqu'on peut défendre ses intérêts en même temps que ceux du peuple !

Dimanche 18 Mars 2012 : seconde prise de la Bastille.

Non, ce n'est pas de celle-là qu'on parle. ^^ Celle-là a eu lieu un certain 14 Juillet 1789, ça commence à dater.

 
Non, il s'agit juste d'un petit article pour tirer un grand coup de chapeau à monsieur Jean-Luc MÉLENCHON (1951- ), coprésident du Parti de Gauche et candidat à l'élection présidentielle de 2012 sous l'étiquette du Front de Gauche. Vous pouvez le voir ci-dessous en compagnie de Marie-Georges BUFFET (1949- ), ancienne secrétaire générale du Parti Communiste (2001-2010).
 
 
Déjà, je n'ai jamais caché mes sympathies pour le Front de Gauche, cette alliance créée en 2009, initialement pour changer l'Union Européenne libérale en une Europe sociale, et qui rassemble le Parti de Gauche (P.G.), le Parti Communiste Français (P.C.F.), le Parti Communiste des Ouvriers de France (P.C.O.F.), Gauche Unitaire (G.U.), la Fédération pour une Alternative Sociale et Écologique (F.A.S.E.), la branche Convergences et Alternative du Nouveau Parti Anticapitaliste (N.P.A.), et une part non négligeable du Mouvement Républicain et Citoyen (M.R.C.) depuis le retrait de Jean-Pierre CHEVÈNEMENT (1939- ) de la course à la présidentielle. De ce parti, l'idée d'une VIème République Française sociale et parlementaire me plaît, ainsi d'ailleurs que le programme économique et la volonté de créer une Europe sociale. Dommage, ça manque un peu de solidité au niveau de l'éducation et sur certains autres points. Mais bon...
 
 
Ensuite, parce qu'il fallait oser lancer un appel à un meeting en pleine rue, au cœur de Paris, au pied de la Colonne Vendôme, sur la très symbolique Place de la Bastille. Et surtout, ce n'était pas gagné d'avance de réunir près de 100.000 personnes ! Se pourrait-il donc que l'idéal socialo-communiste ne soit pas mort ? Se pourrait-il que ce courant surpasse le néo-fascisme du Front National (F.N.) et de Marine le PEN (1968- ) ? Certes, ça prend des voix à François HOLLANDE (1954- ) et au Parti Socialiste (P.S.), seul apparemment capable de parvenir à la Présidence de la République en virant le nabot néo-libéral qui occupe le poste actuellement. Mais voilà, ça me redonne espoir. Je soutiens, je souscris. L'Internationale n'est pas morte, la Sociale non plus. On y croit, camarades, on y croit !
 
 
 

Interlude.

La chanson parle de la Tunisie, mais l'auteur a connu l'exil d'Algérie.

Patrick Maurice BRUEL BENGUIGUI (1959- ), "Au Café des Délices" (1999).
 
 

Dimanche 18 Mars 2012 : Souvenirs d'Algérie.

Dans cet article, il va falloir que je fasse attention à ce que je vais dire, j'ai quelques Pieds Noirs dans ma famille et je sais que pas mal d'Algériens passent sur mon blog et me mettent souvent des mots gentils. Il ne faudrait vexer personne.

En fait, cet article va vraiment être à l'image de ce cinquantenaire particulier.

Il y a cinquante ans, le 18 Mars 1962, la Vème République Française et le Front de Libération Nationale signaient les Accords d'Evian, mettant fin à la Guerre d'Algérie (1954-1962).


Une sale guerre, une guerre coloniale, la deuxième menée par la France après la Guerre d'Indochine (1945-1954). La France qui sortait tout juste de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) et de l'occupation allemande et nazie, et qui se posait donc parmi les vainqueurs comme les champions de la liberté, pour s'engager dans des conflits visant à défendre son empire colonial contre des peuples luttant pour leur indépendance et la liberté... Enfin...

L’Algérie était une colonie française depuis 1830, se composait de plusieurs Départements français où les Français installés, plus d'un million de "Pieds Noirs", avaient le droit de vote. Une des plus ancienne et des plus prestigieuse possessions de l'Empire colonial de la France.

Au delà des divergences politiques, François MITTERRAND (1916-1996) déclarait "L'Algérie c'est la France" alors même que la plupart des Socialistes souhaitaient la fin du conflit tandis qu'à droite on retrouvait les mêmes divergences, cette guerre a profondément ébranlé la France. Elle fut directement à l'origine de la crise qui a précipité la chute de la IVème République et l'avènement du régime très présidentiel de la Vème République, dirigé par la poigne de fer du Général Charles de GAULLE (1890-1970). Celui-là même qui prononcera la phrase la plus ambigüe et la plus acclamée de l'Histoire à Alger : "Français, je vous ai compris !" s'attirant la joie d'Algériens sentant venir l'indépendance et de Pieds Noirs certains désormais que la France ne les abandonnerait pas.


Une sale guerre, dont ceux qui sont revenus étaient traumatisés à vie, mon grand-oncle l'a faite et je sais qu'il ne s'en est jamais vanté. On ne saura jamais exactement combien d'Algériens ont laissé la vie dans ce conflit, peut-être un peu moins d'un million...


Les Pieds Noirs ont été forcé de tout quitter en 1962 après la défaite de la France. Peut-on leur en vouloir de dire que l'Agérie était leur patrie ? 99% d'entre eux n'avaient jamais vu la France, leurs parents non plus, et rares étaient ceux qui gardaient des contacts réguliers avec leur famille en métropole. Ils ont quitté la terre qui les a vu naître et grandir, abandonné leurs meubles, leurs affaires et leurs maisons, se sont entassés dans des bateaux pour débarquer à Marseille, en terre inconnue, comme des étrangers. Que dire des Harkis, ces Algériens "collaborateurs", expulsés d'Algérie sous peine de représailles, accueillis en France comme des parias et des immigrants, non reconnus comme réfugiés politiques et parqués dans la misère...


Et peut-on en vouloir aux Algériens qui venaient de se libérer d'une puissance étrangère de se sentir enfin libres sur leur terre ?

Longtemps la France a refusé d'affronter son passé. On a parlé des "évènements d'Algérie", ce qui est insultant pour tout le monde : les Algériens qui ont quant même gagné leur indépendance dans l'affaire, les militaires qui ont été s'y faire tuer et les Pieds Noirs qui ont tout perdu. On a finalement accepté de parler de "Guerre d'Algérie", puis de reconnaître peu à peu les massacres commis par les deux camps, le manque de reconnaissance envers les Pieds Noirs et les Harkis.

Mais les plaies sont encore à vif. Les Pieds Noirs restant étaient enfants en 1962 et sont les plus marqués par le départ. Beaucoup d'Algériens se sont installés en France, par après, fuyant un régime instable émaillé de violences.

La France et l'Algérie... Une histoire d'amour et de haine qui n'est pas prête de s'achever.

lundi 12 mars 2012

Interlude.

"Le noir te va si bien" (1972), de Jean MARSAN (1920-1977), mise en scène de Jean le POULAIN (1924-1988) qui joue aussi le rôle du colonel John McLESBY (alias Jules TROMBONE). Avec Simone Maria PACÔME (1923- ) dans le rôle de lady Lucie GUILVAILLANT et Jean-Simon PREVOST dans le rôle d'Arthur GORDON de Baskerville. Cette scène fut filmée dans le cadre de l'émission "Au théâtre ce soir" de Pierre SABBAGH (1918-1994), au Théâtre Edouard VII à Paris le Samedi 31 Mai 1975 et diffusé sur TF1 le 26 Décembre de la même année.
Sur des décors de Roger HARTH (1927-1982) et des costumes de Donald CARDWELL (1935-2004).
Montez le son.

Acte I, Scène 2.



Acte II, Scène 1.



Acte II, Scène 3.
 
 

Jeudi 8 Mars 2012 : petite soirée au théâtre.

La semaine passée, je reçois un appel de mon ami Alex qui m'invite à une soirée au théâtre, pour voir une pièce que j'apprécie particulièrement.

Et oui ! Rien de moins que "Le noir te va si bien" (1972) de Jean MARSAN (1920-1977). À l'Auditorium du Juvénat de Notre-Dame-du-Saint-Laurent, jouée par une troupe d'amateurs, La Troupe de Théâtre de la Régie des Rentes. La mise en scène est complètement copiée sur celle de Jean le POULAIN (1924-1988), mais on ne peut vraiment pas leur en vouloir !

Synopsis :
Le Colonel John McLESBY a été marié six fois, et ses six femmes sont mortes, lui laissant à chaque fois une fortune considérable. Lady Lucy KALFAYAN a été mariée cinq fois, et ses cinq époux sont morts en lui lassant à chaque fois une fortune considérable. Ils n'ont jamais pu être accusés, ignorent tout l'un de l'autre et sont tous deux maintenant très très riches. Profitant de la vente du manoir familial par Dorothy BAKER, sœur de Lady Lucy, le Lieutenant Peter CAMPBELL de Scotland Yard va les réunir en se faisant passer pour un agent immobilier auprès du Colonel, en attendant un flagrant délit lors d'une lune de miel pour le moins agitée !

Avec :
Gilbert OUELLET dans le rôle du Colonel John McLESBY alias "Jules TROMBONNE".
Kimberley ANGELL dans le rôle de Lady Lucy KALFAYAN.
Lucie BOUCHARD, véritablement hilarante, dans le rôle de Dorothy BAKER.
Paul  LÉPINE (metteur en scène) dans le rôle d'Arthur GORDON, fiancé de Dorothy BAKER et cousin de la famille BAKER-KALFAYAN.
Christian SIMARD dans le rôle du Lieutenant Peter CAMPBELL.
Françoise PRÉFONTAINE dans le rôle de Polly BAKER, fille de Dorothy BAKER.
Sylvain LAMBERT dans le rôle du Brigadier Robert.
Joëlle LAVIOLETTE dans le rôle du Sergent Jennifer et dans celui de la Diablesse.
Un très grand coup de chapeau à tous ces comédiens qui nous ont fait passer une bonne soirée !


Rien à dire sur le jeu et la mise en scène. Des amateurs qui mettent tout leur cœur et toute leur passion dans une pièce, on est jamais déçu. Le résultat est très positif, on rit du début à la fin, sans temps mort, pendant deux heures. Mention particulière à l'équipe technique pour les décors, car sans ça la pièce n'aurait pas eu la même saveur et les comédiens pas les mêmes possibilités de jeu.

Bref, une excellente soirée, très divertissante. Alex a découvert la pièce et l'a également trouvée très drôle, ce qui lui a fait comprendre mon engouement pour cette œuvre du théâtre de boulevard. Affaire à suivre ! Un de mes rêves reste toujours de la mettre en scène et d'y jouer.

dimanche 11 mars 2012

Encore un départ d'un homme discret.

Pierre TOURNADRE "TORNADE" (1930-2012) est décédé le Mercredi 7 Mars 2012 dernier, des suites d'une chute accidentelle dans ses escaliers, à l'âge de 82 ans.

Pierre TORNADE, on s'en souvient au théâtre, on s'en souvient pour ses seconds rôles (je ne citerai ici que ceux j'ai le plus apprécié, à savoir le Capitaine DUMONT dans la "Septième Compagnie" [1973 & 1975], et le Commissaire FAROUX dans "Nestor Burma" [1991-1998]), sa participation aux films des Charlots (dont l'un des membres, Gérard RINALDI [1943-2012] est décédé le Vendredi 2 Mars 2012), mais aussi et surtout pour sa voix, qui doublait Obélix (et parfois Abraracourcix) dans les dessins animés et les jeux vidéos d'Astérix.





Un petit extrait du film "Je sais rien mais je dirai tout" (1973), de et avec Pierre RICHARD (1934- ), où l'on retrouve le regretté Pierre TORNADE en commissaire assisté du pas très fin agent Morel (Daniel PRÉVOST [1939- ]) face à un Pierre RICHARD au mieux de sa forme, à un troublant Bernard BLIER (1916-1989) et à un très bafouillant Pierre REPP (1909-1986).


vendredi 2 mars 2012

Jeudi 1er Mars 2012 : Manifestation contre la hausse des frais de scolarité.

Ca couvait depuis plusieurs mois déjà.

L'an passé, il avait été question que le Parti Libéral du Québec, alors au pouvoir dans la Province de Québec, double les frais de scolarité, arguant que, avec la crise, manque de budget, tout ça, pis que c'était pas si grave puisque finalement ça resterait quand même les frais les moins chers d'Amérique du Nord. C'était juste oublier que la plupart des étudiants sont déjà endettés, que les emplois étudiants, bien que plus accessibles et pratiques qu'en France, ne peuvent suffire à assurer de telles dépenses, et que surtout la politique historique du Québec depuis la Révolution Tranquille des années 1960 est d'atteindre la gratuité scolaire.

Forcément, à l'Automne 2011, les associations étudiantes ont commencé à bouger, et à se prononcer majoritairement contre la hausse des frais de scolarité et à faire remonter leurs doléances au gouvernement, qui a fait la sourde oreille. Et a fait ses coupes dans le budget, aspergeant au passage les Collèges d'Enseignement Général et Professionnel (C.E.G.E.P.), qui font la transition sur deux ou trois ans entre l'école secondaire et les universités OU le monde du travail. Ces-derniers ont donc vu leurs vivres coupées, forçant les établissements à augmenter les frais d'inscription, fermer des cafétérias étudiantes, fermer des clubs, parfois même couper l'électricité ou l'eau à partir d'une certaine heure. Quant aux universités, le couperet est tombé, 1625$CAN de plus sur la facture, ce qui ferme la porte des universités à environ 7000 étudiants par an qui, bourses ou prêts ou pas, n'auront plus les moyens d'accéder aux études supérieurs. Modèle américain, quand tu nous tiens...

Donc cet hiver, ça s'est durci, d'autant qu'en opposition aux "Carrés Rouges", étudiants contre la hausse, sont apparus des "Carrés Verts", minoritaires, étudiants qui se disent pour cette hausse mais dont le noyau dur est composé de membres du P.L.Q.. Devant la réaction dure du gouvernement, le mouvement étudiant s'est également renforcé. Les associations étudiantes ont d'abord toutes votées des levées de cours à des jours définis pour organiser des manifestations à Québec ou à Montréal, comme celle d'hier. Et depuis une semaine, il est question de grève générale, les cégepiens nous ont rejoint. J'ignore ce que cela va donner, mais pour l'instant ni l'un ni l'autre camp n'est prêt à céder.

Et hier, manifestation à Québec. 10.000 personnes attendues, environ 5.000 présentes, le gouvernement a été bien aidé par la météo. Le vent fret et une neige en poudrerie ont sûrement dissuadé pas mal de monde. Résultat, il y avait presque plus de Montréalais et autres que de Québécois... Le cortège, parti du Parc des Braves sur le Chemin Sainte-Foy, a bifurqué pour venir perturber le trafic des autobus sur le Boulevard Laurier, avant de continuer vers la Grande Allée, histoire de déranger les trois grands axes. En chemin, nous avons été rejoints par des mouvements grévistes solidaires de la grève étudiante, tandis que des banderoles de soutiens ornaient certains bâtiments.






Une fois devant le Parlement, face à un très fin cordon de policiers, la manifestation a largement dépassé les barrières de protection, trop petites. Instantanément, des Forces de Sécurité (l'équivalent de nos C.R.S. : Compagnies Républicaines de Sécurité), que le groupe humoristique québécois appelle "notre Produit Intérieur Brut", sont sorties du bâtiment et sont venues se ranger en ligne face à nous. Allez savoir par quel hasard de la foule je me suis retrouvé, avec mon drapeau québécois (la bonne excuse pour lui faire prendre l'air), en deuxième ligne. Enfin bref. Sans que cela tourne à l'altercation violente, il y a eu quelques jets d’œufs à peinture et de balles de neige depuis le cortège, et les Forces ont riposté... au gaz lacrymogène. Une grenade a éclaté à trois mètres sur ma droite et je fus pris sous le vent, tandis que la ligne de sécurité nous repoussait, fermement mais sans violence autour de la Fontaine de Tourny. Protégé par mes lunettes et mon écharpe, je ne souffrais pas trop des gaz, mais des étudiants autour de moi ont souffert, ainsi qu'un policier qui avait mal ajusté son masque à gaz. Tout ce beau monde fut pris en charge gentiment par les policiers, aucune interpellation.












Après cette dispersion un peu forcée, une partie du cortège est restée sur place, à moins d'un mètre du cordon de sécurité, plus par esprit festif qu'autre chose (j'entendis même le refrain de "La Marseillaise", ça m'a fait sourire) tandis que je me dirigeais le Boulevard Laurier pour regagner mes pénates. J'eus à traverser un autre cordon de sécurité, à l'air plus agressif car faisant face à la partie du cortège où flottait les couleurs du Réseau de Résistance Québécois (R.R.Q.). Aucun incident à déplorer.



Le gouvernement reste sur ses positions, nous aussi. La grève générale commence à être à l'ordre du jour. Reste à voir comment ça va tourner. Quant à moi, côtoyer le Drapeau des Patriotes, le Drapeau Rouge et marcher avec le Drapeau Québécois, ça n'a absolument pas choqué ma fierté de Français (même pas en marchant sous la fleur de lys). Je suis pour la solidarité des peuples.