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mardi 3 avril 2012

2012 : 10èmes Élections présidentielles de la Vème République française. (2)

IV Les candidats principaux.

Les incontournables, ceux qui monopolisent les médias, ceux que l'on voit partout. Cinq se disputent le haut du pavé, avec des scores anormalement élevés. D'habitude, il y en a trois, et les autres petits candidats se battent aux alentours des 5-10%. Là, cinq sont aux environs de 15% et plus, les autres flirtent avec 0%. C'est du jamais vu.

Nicolas Paul Stéphane SARKÖZY de Nagy-Bosca (1955- )
Union pour un Mouvement Populaire (U.M.P.)"La France forte"
Président sortant de la Vème République française (2007-2012)
Entre 23% et 30% d'intentions de vote au premier tour.
Son programme pourrait s'appeler "La rupture dans la continuité". Son bilan sur le plan intérieur est mauvais. Le déficit a augmenté, le nombre de demandeurs d'emploi aussi, sans parler du reste. Sur le plan international, les gouvernements libéraux l'adorent mais c'est normal car lui, les libéraux et leurs amis les grands patrons forment une sacrée belle bande d'amis, liés par l'argent et la finance. C'est cela qui énerve le plus chez cet homme. En 2007, il a été élu par les ouvriers en leur promettant de mettre fin aux effets néfastes des 35h et il leur a repoussé l'âge de départ à la retraite. Il leur a promis un monde plus juste, il est allé manger au Fouquet's (grand restaurant parisien sur l'Avenue des Champs Élysées) avec les grands patrons pour célébrer sa victoire et s'est empressé de débloquer des cadeaux fiscaux aux plus hauts revenus. Multipliant les effets d'annonce, les "moi je" sans actions concrètes et les coups électoraux (Le dernier en date : l'intervention en Libye. C'était juste oublier que les Français ne se souvenaient que trop bien de la visite de Mouammar KADHAFI [1942-2011] à Paris en 2009, sur invitation de Sarko pour lui vendre des armes...). Sa campagne alterne entre clins d’œil à l'extrême droite et à l'électorat du Front National sur les sujets de la sécurité et de l'immigration ; et autocritique larmoyante, promettant d'être un nouveau président complètement différent s'il est réélu. Ben voyons... Cinq ans de promesses et de déceptions, ça suffit pour moi. Ce qui est inquiétant, c'est qu'il remonte dans les sondages... Il reste encore des gens pour le croire quand il dit que rien ne va changer et qu'il faut continuer à se serrer la ceinture pour sauver la France, l'Europe et le Monde (de la finance). Et bien entendu, le fait qu'il ait balayé d'un regard méchant et à coups de menaces déguisées toutes les candidatures de Droite qui pouvaient menacer la sienne est aussi à considérer dans sa remontée.

François Gérard Georges HOLLANDE (1954- ).
Parti Socialiste (P.S.)
"Le changement, c'est maintenant"
Entre 26% et 34% d'intentions de vote dans les sondages.
Celui que l'on attendait pas. Sorti du néant, vainqueur presque par surprise des Primaires socialistes de 2011, il n'a même jamais été ministre. Il a de l'humour, est affable, sympathique, calme, pragmatique, c'est l'anti-Sarko par excellence, un "Monsieur Tout le Monde", un monsieur "normal" et donc rassurant. Certains doutent de ses capacités en tant que Chef d'État, pas moi. Bien entouré, il peut faire un bon Président de la République. C'est sur son programme que j'ai des doutes. Centre-gauche, mais un peu trop au centre et à droite pour moi. Et surtout des promesses de lendemains qui chantent mais qui ont le mérite de proposer autre chose que la voix à sens-unique néo-libérale tracée par l'actuel énervé à l’Élysée. HOLLANDE aura donc ma voix au second tour, voire au premier si vraiment les sondages me font peur. Il est quand même temps que les Socialistes reviennent au pouvoir, qu'on voit ce que cela donne...

Marion Anne Perrine "Marine" LE PEN (1968- )
Front National (F.N.)
"Oui ! La France"
Entre 13% et 18% d'intentions de vote dans les sondages.
Digne héritière de son père dont elle espère réitérer l'exploit de 2002. Elle a épuré, en apparence seulement mais cela suffit, le ton raciste et xénophobe de son parti, en a ainsi redoré le blason aux yeux de certains Français, et a surfé sur la vague de déception provoquée par SARKOZY sur le monde ouvrier. Ceux-ci, lâchés par la Gauche, trompés par Sarko, se sont naturellement tournés vers le seul parti qui semble défendre leurs intérêts : le Front National. Il faut dire que leur programme a de quoi séduire des esprits échauffés par un système libéral qui les exploite : sortie de l'Union européenne libérale, protectionnisme économique, retour au Franc, protection des entreprises, amaigrissement drastique de la fonction publique et de l'enseignement... C'est juste perdre de vue que le F.N. a été incapable de gérer les villes qu'il possède sans les mettre en faillite, c'est juste oublier le profond reste de xénophobie et les mesures nationalistes extrêmes cachées dans les plis des trois couleurs arborées à outrance par les partisans (dont on a pris soins d'exclure les gammés au crâne rasé). C'est en voyant les sondages que les politiciens ont commencé à redouter un nouveau Dimanche 21 Avril 2002, peut-être cette fois au détriment de la Droite. Les politiciens... pas les Français. Il est fini le temps où ceux qui votaient à l'extrême-droite s'en cachaient. Les gens n'ont plus honte de se tourner par là. Nous avons oublié où ça nous amené la dernière fois. Je ne sais pas ce qui est le pire.

Jean-Luc MÉLENCHON (1951- )
Front de Gauche
"Prenez le pouvoir"
De 6% à 15% d'intentions de vote dans les sondages.
Rassemblant sous ses bannières le Parti Communiste Français (P.C.F.) et toutes les autres mouvances de la Gauche à gauche du Parti Socialiste, le Front de Gauche a fait une percée spectaculaire et pour le moins inattendue au vu des résultats en chute libre des partis de gauche et d'extrême-gauche ces vingt dernières années. Comme quoi, l'union fait la force. MÉLENCHON est parvenu à réaliser un tour de force le Dimanche 25 Mars 2012 Place de la Bastille en réunissant près de 150.000 personnes. Le sursaut était lancé. les Communistes sortent du placard, les ouvriers commencent à porter de nouveau leurs regards à gauche, le Front de Gauche montre qu'une autre voie que l'extrême-droite est possible. Il appelle à une VIème République française, et je ne peux qu'y souscrire. Économiquement, le programme reste toutefois incomplet. Mais on y croit. MÉLENCHON a annoncé sans hésitation qu'il donnera sa voix à HOLLANDE au second tour, ceux qui le suivent savent donc à quoi s'attendre. Il n'est pas dit que je ne me laisse pas tenter au premier tour... En tout cas, deux aspects positifs (et explications) à la fulgurante ascension du Front de Gauche ces dernières semaines : il a pris des voix à HOLLANDE et l'oblige à donner un coup de barre à gauche apprécié, il est en train de pomper les voix ouvrières du F.N. et ça c'est jouissif. Si l'alliance des Gauches tient le coup, on y croit pour les élections présidentielles 2017, et on croise en tout cas les doigts pour des ministres communistes dès 2012 ! Et on se bat pour la troisième place en dépassant le Front National !

François René Jean Lucien BAYROU (1951- )
Mouvement Démocrate (MoDem)
"Un pays uni, rien ne lui résiste"
De 10% à 15% d'intentions de vote dans les sondages.
Celui que l'on n'attendait plus. Troisième homme de la campagne de 2007, pris d'une soudaine folie des grandeurs, il a créé un nouveau parti et s'est voulu comme arbitre centriste de la République, seul homme capable d'incarner les valeurs de Gauche et de Droite. Lâché de toute part, il a eu bien du mal à remonter la pente mais reconnaissons-lui qu'il y est parvenu. Sorti de l'oubli, il se taille une place au soleil sans parvenir à rattraper les extrêmes de tous bords, coincé qu'il est dans son Capitalisme social à visage humain sensé regrouper tout le monde mais qui au final ne satisfait personne. Néanmoins, j'applaudis son programme pour l'éducation. Prises indépendamment, ses idées ont du bon. Ensemble, le contraste est trop fort, l'idéologie ne tient pas (à mon avis).

2012 : 10èmes Élections présidentielles de la Vème République française. (1)

La grande course est lancée et il ne reste guère que trois petites semaines avant la première échéance. Pour rappel, il s'agit d'une élection à deux tours au suffrage universel direct. Le premier tour aura lieu le Dimanche 22 Avril 2012. Les candidats ayant obtenu le plus de suffrages s'affronteront lors du second tour le Dimanche 6 Mai 2012 après un ultime débat télévisé la veille. La campagne a officiellement commencé pour tout les candidats le Vendredi 16 Mars 2012, lorsque les parrainages nécessaire à l'officialisation des candidatures ont été déposés. Dorénavant, le temps de parole dans les médias pour chaque candidat est compté par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (C.S.A.), y compris les déclarations du président sortant, ce qui nécessite de faire le tri entre les discours inhérents à sa fonction et ceux qui rentrent dans le cadre de la campagne... et cela n'est pas toujours facile, donnant un sérieux avantage au président-candidat.


I La fonction.

La Vème République française est un régime présidentiel. Bien que le Président de la République ne dispose officiellement que du pouvoir exécutif (le pouvoir législatif étant aux mains de l'Assemblée nationale et du Sénat), ses prérogatives sont immenses. L'actuel président l'a démontré en abusant parfois de ce pouvoir (en s'exprimant notamment devant l'Assemblée nationale, ce que la séparation des pouvoirs inscrite dans la Constitution ne permet normalement pas) là où ses prédécesseurs se sont montrés plus discrets. Le Président de la République est également le Chef de l'Armée française et détient les clefs d'activation de l'armement nucléaire français.

Par ailleurs, les pouvoirs du président se sont trouvés renforcés par l'instauration en 2002 du Quinquennat, mandat présidentiel de cinq ans. Auparavant, le mandat présidentiel était de sept ans. Où est l'avantage ? Simplement, les élections présidentielles se tiennent un mois avant chaque élection législative, qui se tiennent également tous les cinq ans (l'Assemblée nationale ne peut pas être renversée car le principe de Responsabilité gouvernementale n'existe pas en France, seul le Président peut décider de dissoudre la Chambre avant les élections mais le dernier à s'y être essayé l'a amèrement regretté). Comme il peu probable qu'un Président de la République soit élu sans majorité au Parlement dans la foulée, cela réduit la démocratie nationale aux seules périodes d'élections, le reste n'étant que gouvernance. L'actuel locataire du Palais de l’Élysée nous l'a bien fait sentir, merci. Du temps du Septennat, le Président pouvait être sanctionné en perdant la majorité à l'Assemblée nationale, débouchant sur une Cohabitation entre un Président de la République d'un parti et un Premier Ministre (donc un Gouvernement) d'opposition. J'appelle de mes vœux une VIème République française avec plus de démocratie directe. Ou tout du moins une réforme qui réduit le mandat des députés à trois ans.

La Vème République française existe depuis 1958, lorsqu'une grave crise politique jeta à bas l'instable (trois gouvernements successifs en une semaine dans les pires moments) IVème République française et que le Général Charles de GAULLE (1890-1970), le héros de la Résistance française et de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), fut appelé pour mettre un peu d'ordre. Il créa donc un régime à son image. En cinquante-quatre ans d'existence, la Vème République française n'a connu que six Présidents de la République :
_le Général Charles de GAULLE, élu en 1959, réélu en 1965, il démissionne suite à son échec lors du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat de 1969. Le Parti gaulliste se veut avant tout républicain, mais se classe quand même à droite surtout vu les positions socialo-communistes de la Gauche de l'époque.
_Georges Jean-Raymond POMPIDOU (1911-1974), se veut l'héritier de son prédécesseur. Élu en 1969, il meut de maladie en poste en 1974.
_Valéry René Georges GISCARD d'Estaing "V.G.E." (1926- ). Élu de 1974 à 1981. Centre-droite. Il n'est pas réélu et en garde toujours une sérieuse rancœur. Sous son mandat, la France subit de plein fouet les chocs pétroliers qui mettent fin aux "Trente Glorieuses" (1945-1975), fin au plein emploi, fin aux budgets équilibrés, et amorcent le déclin de l'Hexagone, début des "Années Piteuses" (1975- ). Pas de sa faute, mais c'est comme ça.
_François Maurice Adrien Marie MITTERRAND (1916-1996), élu de 1981 à 1988, puis réélu de 1988 à 1995. Parti Socialiste, premier et pour l'instant unique Président de la République de gauche. Paradoxalement, c'est sous mandat que les Communistes perdent de l'influence et que la France commence à privatiser. Il faut dire qu'il doit faire face à un monde occidental pétrifié de peur à l'idée que la France se joigne au Bloc de l'Est communiste et doit de plus cohabiter dès 1986 avec la Droite, puis de nouveau en 1993.
_Jacques René CHIRAC (1932- ). Élu de 1995 à 2002, puis réélu de 2002 à 2007 avec le score écrasant de 82,2% des suffrages face à Jean-Marie Louis LE PEN (1928- ) du Front National (extrême-droite) qui avait dépassé de façon surprenante et inquiétante le Parti Socialiste (qui a mis longtemps à s'en remettre). Notons qu'en 1997, lors de son Septennat, CHIRAC avait dissout l'Assemblée nationale dans l'espoir que son parti, alors en majorité de Droite plurielle, disposerait de la majorité absolue. Le Parti Socialiste remporta les élections et disposa d'une majorité plurielle jusqu'en 2002.
_Nicolas SARKOZY. Élu de 2007 à 2012. On ne le présente plus. Très (voire trop) néo-libéral.

II Les enjeux.

Déjà, cela fait dix ans que la Gauche est absente de l'Assemblée nationale et dix-sept ans que le Président de la République est à droite. La Gauche s'est certes offert le luxe de remporter toutes les élections locales (municipales en 2008, régionales en 2010, cantonales en 2011, et dans les collectivités) et est parvenue à faire basculer, au suffrage indirect, le Sénat à gauche en 2011. Si elle l'emporte aux élections présidentielles (Avril-Mai 2012) et aux élections législatives (Juin 2012), tous les organes de la France seront à gauche, Gauche qui disposera alors d'une assise de pouvoir jamais observée dans l'Histoire de la République Française, du moins jusqu'au élections municipales de 2014 (traditionnellement première sanction d'un gouvernement). Si mon cœur de gauchiste (faut dire ce qui est ^^) s'en réjouit, mon cœur de démocrate saigne... République ! Qu'as-tu fait de la Démocratie ?!

Par ailleurs, il paraît que sévit en ce moment une crise financière internationale, crise financière provoquée par le Libéralisme tel qu'actuellement pratiqué et qui pourrait bien provoquer l'effondrement du système financier libéral et qui menace d'entraîner dans sa chute la Démocratie occidentale qui s'est par trop liée au Libéralisme dans le courant du dernier demi-siècle. L'Union européenne, plus belle création de ces années libérales, en est l'exemple même. Trop libérale, trop liée au système, cette belle alliance menace d'éclater, replongeant l'Europe dans ses vieilles divisions, ce qui finira par attirer l'ombre de la guerre qui s'était provisoirement éloignée du Vieux Continent. À quand une Europe sociale ? Pour l'instant, les peuples, irrités d'être exploités, se révoltent contre le système libéral, notamment en République hellénique de Grèce, en République d'Italie, au Royaume d'Espagne et en République du Portugal, pays mis au bord de la banqueroute par des financiers qui font peser tout leur poids sur les économies des travailleurs. Non vraiment, c'est mal engagé. Et la France n'en est pas loin. Et de ça, aucun candidat n'ose trop en parler ni proposer de mesures concrètes. Enfin si... l'extrême-droite (voir les articles suivants).

Une chose appréciable, ce contexte est parvenu à replacer le travailleur et l'ouvrier français (de souche ou immigré) au cœur de la campagne, grands absents de celle de 2007 qui était axée sur l'immigration et la sécurité.

III La campagne.

Tout citoyen français âgé de plus de vingt-et-un ans peut se présenter à l'élection présidentielle. Pour peu qu'il recueille avant le Vendredi 16 Mars 2012 cinq cents parrainages non-anonymes des Maires de France. Il y a trente-six mille communes en France, cinq cents apparaît comme un chiffre abordable. Mais comme les maires engagent leur nom dans la signature, s'ils permettent à un parti extrême de se présenter ou s'ils donnent leur voix à des candidats farfelus (il y en a) ou sans aucune chance, ils risquent de devoir rendre des comptes à leur Conseil municipal et à leurs administrés. Ce petit jeu a été fatal pour trois candidats d'une certaine envergure :
_l'ancien Ministre chiracquien Dominique François René GALOUZEAU de Villepin (1953- ), et son parti gaulliste républicain République Solidaire.
_l'ancienne ministre chiracquienne Corinne LEPAGE (1951- ), et son parti centriste écologiste Cap21.
_l'ancien ministre d'ouverture sarkozyste Hervé MORIN (1961- ), et son parti centriste Le Nouveau Centre.
Et toujours le Front National qui chiale jusqu'à la dernière semaine parce que, soi-disant, il ne parvient pas à réunir suffisamment de signatures et en appelle à un sursaut républicain démocratique, etc... Ils nous font le coup à chaque fois.

La campagne a été émaillée d'un fort incident. Les 11, 15, 19, 21 et 22 Mars 2012, un fou furieux, islamiste radical fanatisé, formé dans les camps d'entraînement clandestins pour terroristes en Afghanistan, a tué en pleine rue des militaires français (dont des musulmans) et des membres d'une école juive à Montauban et à Toulouse. Mohammed MERAH (1988-2012) a ensuite été cerné par les unités d'élite de la Gendarmerie française. Après un siège de trente-cinq heures destiné à le prendre vivant, le fanatique a été abattu après une intense fusillade lors d'un assaut sur son appartement toulousain. Les images que j'ai vues, les témoignages que j'ai lus, font pâlir de honte. Certes, une série meurtrière comme ça, ça faisait longtemps qu'on en avait pas vue en France. Mais les gens sont d'une simplicité d'esprit à faire peur. Une psychose s'est emparée des Toulousains, qui se sont crus, et là je cite, dans une série télévisée. Dur d'être rattrapé par la réalité, n'est-ce pas ? Nous connaissons la paix depuis trop longtemps, nous avons oublié à quel point notre vie, et non notre confort, est précieuse. Et que la guerre approche. Réveil douloureux. Pour en revenir à l'assaut, je reste persuadé que les Gendarmes avaient les moyens de prendre MERAH vivant... s'ils l'avaient vraiment voulu. Je passerai sur l'indélicatesse de la classe dirigeante de souligner de façon méprisante l'origine algérienne de Mohammed MERAH au lendemain du délicat cinquantenaire des Accords d'Evian et de la fin de la Guerre d'Algérie (1954-1962)...
D'autre part, campagne présidentielle oblige, l'affaire a pris une importance médiatique et politique qu'elle n'aurais jamais dû avoir. Les terroristes veulent que l'on parle d'eux, c'est le meilleur moyen de répandre la peur, peur qui est leur meilleure arme. À la terreur il faut répondre par le silence. À la violence, il faut répondre par la fermeté. Point. La récupération politique de l'affaire affaiblit la France. C'est mon avis, il n'engage que moi.

lundi 2 avril 2012

Interlude.

Avec tout ça, j'en ai oublié mon hommage à Jean TENENBAUM "FERRAT" (1930-2010) le 13 Mars 2012 pour les deux ans de son décès.

"La Matinée" (1980), en duo avec son épouse Christine BOISSONNET-SÈVRES (1931-1981) un an avant qu'elle ne décède d'un cancer.


Où l'on finit de célébrer la Nature...

La dernière de la série des 25çCAD sur la célébration de la réussite des projets de conservation de la Confédération du Canada. Celle-ci, frappée en Février 2012, arbore un Faucon Pèlerin sur fond jaune (ou pas).








Une semaine un peu déraisonnable...

Certes l'Université Laval est en grève, mais ce ne sont pas encore les vacances loin s'en faut ! Nous autres étudiants chercheurs, ben nous cherchons ! En bibliothèque et en archives, qui ne sont pas piquetées ni d'ailleurs piquetables. J'ai un bilan historiographique à refaire en vue de l'introduction de mon mémoire de maîtrise, la fameuse Étape 4 du non moins fameux séminaire "Projet de Mémoire". Ce n'est pas parce que je proteste que je me la coule douce ! Ajoutez à cela un Internet en dents de scie, la Régie d'Assurance Maladie du Québec (RAMQ) qui se rappelle à mon bon souvenir, plus une nouvelle équation inattendue mais néanmoins nécessaire : la déclaration de revenus pour les impôts provinciaux (Québec) et fédéraux (Canada) ! Déclarations pour lesquelles me manquent plein de documents. Au jour d'aujourd'hui (Lundi 2 Avril 2012) je commence tout juste à en voir debout, mais je n'ai toujours pas réglé de quoi pour l'assurance... Ca tombe bien, je n'avais que ça à faire...

Là dessus, je vous ai déjà parlé du Mardi 27 Mars 2012 et notre petite soirée Salon de Thé de 18h30 à 20h30 qui s'est finalement terminée par une poutine au Coin de la Patate à 21h et par une soirée jeu de société ("Smallworld" de Days of Wonder) chez Anthony & Judith, achevée (la partie, pas Judith...) vers 2h30 du matin.

Mais c'est pas tout, mais c'est pas tout !

Jeudi 29 Avril 2012, mon grand ami Alex me propose pour la énième fois d'aller voir la pièce "Les liaisons dangereuses" (1782) de Pierre Ambroise François CHODERLOS de Laclos (1741-1803), mise en scène par la troupe Les Treize d'après l'adaptation de Christopher HAMPTON (1946- ). Je suis faible, je cède et j'accepte. D'autant qu'il a des billets gratuits et que la salle est l'Amphithéâtre HydroQuébec au Pavillon Alphonse DESJARDINS, juste à côté de chez moi. Bonne soirée s'il en est mais qui, commencée à 19h30, se termine à 23h.


Vendredi 30 Avril 2012, 18h30. Début d'un souper "Fondue chinoise" chez mon grand ami Alex. Soirée prévue de très longue date et qui sert de bon prétexte pour célébrer l'anniversaire d'Audrey. Nous nous retrouvons donc toute la gang avec notre viande, nos grignotines et nos boissons. Je passerai sur les détails de la soirée qui ne regardent personne sauf les principaux intéressés, mais je suis rentré chez moi vers 3h du matin...


Samedi 31 Avril 2012, journée prévue d'encore plus longue date ! Cabane à sucre avec le Centre Interuniversitaire d’Études Québécoises (CIÉQ). Les chercheurs et leurs familles, vingt-deux personnes en tout. Excellente journée, dans un lieu familial et convivial. Nous n'étions pas les seuls. Plusieurs familles profitaient de ce samedi ensoleillé et relativement doux, ainsi qu'un groupe d'anciens joueurs retraités de hockey-sur-glace (sport national au Québec et au Canada, est-il utile de le rappeler...) dont un ancien du Canadien de Montréal.
Des amis français m'ont demandé ce qu'est une cabane à sucre.
Une cabane à sucre, c'est le lieu par excellence au Québec pour se "sucrer le bec" et se faire exploser la panse au début du printemps. Le sirop (sève) d'érable (très sucré) est extrait en cette saison, la production commence, le printemps arrive, les sorties reprennent. Les cabanes à sucre ouvrent en fin de semaine, souvent sur réservation et offrent un dîner (déjeuner) de haute gastronomie québécoise. Voici le menu que j'ai pu apprécier.
_Soupe aux pois. Agrémentée de sirop d’érable.
_Fèves au lard, pommes de terre, jambon, oreilles de crisse (sortes de chips grasses et salées), saucisses marinées au sirop d’érable, omelette aux œufs. Le tout arrosé de sirop d'érable.
_Crêpes frites dans l'huile et "grand-pères" (pâte restante à peine chauffée et marinée dans le sirop d'érable, bon mais très lourd), évidemment accompagnés de sirop d'érable.
Comme vous le voyez, un menu léger. Remarquez que c'est délicieux, mais à ne pas refaire trop souvent.
Et enfin, cerise sur le gâteau, la tire d'érable sur neige ! Quèsaco ? Du sirop d'érable (encore) chaud étalé sur de la neige, que l'on enroule sur un bâtonnet alors qu'il durcit et que l'on déguste comme une sucette. Concentré de sucre... Un c'est excellent. Deux ou trois, ça passe. Après, ça écœure.
Là dessus je suis rentré en milieu d'après-midi, bien vidé de ma semaine. Bouillon de légumes pour les jours à venir le temps d'assimiler le sucre ! ^^


Les fils bleus que vous apercevez joignant les érables, ce sont les fils qui perfusent et extraient la sève des arbres et la guident vers l'érablière pour en permettre le traitement et en faire du sirop d'érable ou de l'eau d'érable.



Voilà... Ce n'était pas une semaine très raisonnable, j'ai pris un peu de retard dans mes travaux. Mais de temps à autre, ça fait du bien de se détendre...

dimanche 1 avril 2012

Mardi 27 Mars 2011 : Salon de Thé.

Prévu de longue date, une petite soirée ma foi fort sympathique. Car votre serviteur, tout révolté et étudiant qu'il est n'en apprécie pas moins les bonnes choses. Je vous avais déjà parlé cet hiver de la grande consommation en thé des chercheurs du Centre Interuniversitaire d'Études Québécoises (CIÉQ). Eh bien nous avons poussé notre raffinement encore plus loin ! Car oui, le thé peut être un art.
 
Nous avions rendez-vous à la Maison de Thé Camellia Sinensis de Québec. Camellia Sinensis, c'est à la fois un Salon de Thé, une Maison de Thé (qui vend de toutes les sortes de thé artisanal), mais aussi une École de Thé et même un Centre de Recherche et de Formation sur le Thé. Quèsaco* ? C'est-à-dire qu'ils vendent du bon thé, du thé artisanal, cultivé et traité selon des coutumes établies, que leur personnel parcourt le monde pour se rendre directement chez les producteurs ; et qu'ils font partager leurs savoirs et les saveurs du thé lors de formations et de séance en boutique. Tout sur le thé, tout sur les voyages des membres de la maison sur leur site Internet : là.
 
 
À noter que Camellia Sinensis est le nom latin et scientifique du Théier Chinois, divisé entre la sous-espèce Assamica au cultivar** épais et la sous-espèce Sinensis au cultivar** plus fin.
 
*Orthographe officielle reconnue par Bernard PIVOT (1935- ) en personne, infligée aux participants à la Finale nationale des Dicos d'Or et Championnats du Monde d'Orthographe "Dictée de Bernard PIVOT" de 2003.
** Un cultivar de théier est l'équivalent d'un cépage de vigne.
 
La formation du jour était la plus simple, le début du commencement, une ouverture au monde voluptueux du thé : "Connaître et aimer le thé".
 
Un peu d'Histoire d'abord. Le théier est un arbre, découvert en Chine il y a 8.000 ans. Des sources asiatiques de -350 mentionnent le thé comme plante médicinale. Jusqu'au XIIIème siècle, il est utilisé au Japon comme plante aromatique jusqu'à ce que la technique d'infusion se développe. Les Britanniques le découvrent lors de leurs contacts coloniaux avec l'Empire de Chine au XIXème siècle. Mais les Chinois gardent jalousement leur production, le vendent extrêmement cher et déjà traité, interdisent tout voyageur européen dans l'intérieur des terres (petite vengeance suite à leurs défaites face aux Européens). Le botaniste écossais Robert FORTUNE (1812-1880) force le blocus et entreprend un voyage rocambolesque dans la Chine profonde lors d'une mission qui peut-être qualifiée d'espionnage horticole ("À la recherche des fleurs et du thé" [1852]). Il ramène plusieurs plantes, dont le thé, et les importe dans les colonies britanniques de l'Inde pour les étudier et les exploiter. Le thé et ses infusions, tels que connus aujourd'hui en Occident, datent donc du milieu du XIXème siècle.


Un peu d'horticulture maintenant. Le théier est un arbre, coupé en arbuste pour faciliter la cueillette et la production de jeunes pousses. En dormance l'hiver, les meilleurs théiers poussent en milieu tempéré à moyenne altitude. Il est cultivé dans de véritables jardins à thé. Les jeunes pousses sont coupées, ce sont les feuilles de thé utilisées pour tous les thés. La différence venant du traitement après la cueillette.
_Thé Blanc : Bourgeon, aucun traitement hormis le séchage pour détruire l'enzyme qui oxyde la feuille, afin qu'elle conserve sa jeunesse.
_Thé Jaune : Même traitement que pour le Thé Blanc sauf qu'il est recouvert d'un linge humide. Il en résulte une très légère oxydation étouffée.
_Thé Vert : Feuilles fraîches séchées intensément, augmentant le goût végétal de l'infusion.
_Thé Wulong : Feuille jeune oxydée à divers degrés, puis roulée, ce sont les meilleurs thé au niveau du goût.
_Thé Noir : Feuille soumise à une chaleur et une humidité particulière qui fait noircir la feuille et prononce le goût.
_Thés Vieillis : On laisse la feuille s'oxyder, augmentant les propriétés médicinales (notamment sur la digestion). Les plus connus sont les Pu Er. Attention néanmoins, ne pas perdre de vue que le thé, quel qu'il soit, gêne l'assimilation du fer.


Aujourd'hui, les meilleurs thés sont produits en Asie de l'Est, particulièrement en République populaire de Chine, au Japon, en République de Chine (Taïwan) et en République d'Inde. Il existe aussi une production moyen-orientale, en République de Turquie et en République islamique d'Iran. Notons aussi une production méconnue de Thé Noir en Afrique Sud-Orientale. Dans une moindre mesure, on trouve aussi la culture du thé en Amérique du Sud, en Indonésie, en Océanie et en République de Corée du Sud.
 
Nous sommes accueillis par Jasmin (prénom prédestiné ?) avec un thé blanc léger, Baï Du Man Wang ("Pivoine Blanche"). Nous goûtons à toutes les sortes de thés, en apprécions les différences, bref une véritable dégustation. D'autres formations ou dégustations sur différents sortes de thés sont proposées et il n'est pas dit que je n'irais pas.


Nous avons aussi et surtout appris à faire du thé correctement. Car faire du thé, du vrai, c'est plus compliqué que ça ne paraît.
_D'abord, il ne faut pas faire bouillir l'eau mais la faire chauffer à une température qui varie de 70°C à 95°C suivant la sorte de thé, ce qui nécessite un thermomètre de cuisson.
_Ne pas oublier d'ébouillanter la théière vide à l'intérieur et à l'extérieur avec de l'eau bouillante avant d'y verser quoi que ce soit.
_Ensuite, l'infusion doit durer un certain temps, pas plus pas moins, en fonction du poids en feuilles, du volume d'eau et de la sorte de thé. Ce qui nécessite un minuteur.
_Enfin, avant de verser, il faut faire une rotation. Verser une tasse et la remettre dans la théière, afin d'équilibre l'infusion dans le bec de la théière où l'eau est moins infusée.
Rien que ça. Mais il est vrai que le résultat, au niveau du goût, est incomparable.
 
 
L'histoire ne dit pas qu'après nous sommes aller manger une poutine et faire une soirée jeux de société. Non... ^^

Interlude.

Bien évidemment en rapport avec la manif' !

D'abord une vidéo tournée par mes soins, de l'intérieur du cortège.



Ensuite, un montage extérieur, qui n'est pas de moi, qui montre l'immensité du cortège sur la seule Rue Berri, avec comme musique de fond "On lâche rien !" (2011) du groupe HK & Les Saltimbanks (2006-).


samedi 24 mars 2012

Jeudi 22 Mars 2012 : Manifestation historique à Montréal.

Jamais le Québec ne connut pareille clameur...
 
I Ma journée.
 
Matin.
 
Bien sûr j'étais au courant pour la manifestation programmée de longue date. Québec avait prévu d'envoyer une forte délégation, tous les bus scolaires louables de la région avaient été réservés, mais il fallait s'inscrire auprès des associations étudiantes et j'avais reçu, par un hasard de la messagerie, le courriel pour cela deux heures trop tard. Donc bon, tant pis, un peu de recherche en bibliothèque et peut-être un piquetage ou deux pour le fun. De toutes façons, je ne me faisais guère d'illusions quant à mon heure de lever, je recharge encore mes batteries après l'automne éprouvant...
 
C'était sans compter un grand bruit qui me réveilla en sursaut au petit matin, 6h45. Trop tard pour se rendormir, pis tant qu'à être levé... Z'auront bien une place pour moi dans un des bus de l'ÆLIÉS (Association des Étudiants et des Étudiantes de Laval Inscrits aux Études Supérieures). Un brin de toilette ou deux, mon appareil photo, un lunch dans mon petit-sac-à-dos-de-sport-de-lycée-à-6€-même-qu'il-est-amorti-depuis-sept-ans-que-je-l'ai, mon drapeau de la Province du Québec (décoratif au départ, mais qui va prendre l'air pour la deuxième fois de sa vie au cours d'une manif') et en route mauvais troupe. Ah ! J'ai failli oublier mon carré rouge, symbole des étudiants grévistes contre la hausse de 1625$CAN des frais de scolarité. Comment, vous êtes pas au courant ? Regardez plus bas. La radio m'informe d'ailleurs que depuis mon dernier article, ce ne sont plus 217.000 étudiants en grève mais près de 310.000.
 
La journée promet d'être magnifique. Le printemps arrive franchement, apportant avec lui le chaud soleil de mars (Rappel : Québec est à la latitude de Bourges, Montréal à celle de Bordeaux, donc le soleil cogne pas mal à cette saison) et de belles températures de 25°C. C'est sous un ciel radieux que j'embarque dans l'autocar n°3 de l'ÆLIÉS, où je lie connaissance avec un étudiant en médecine. Nous autres en 2ème et 3ème Cycles (Maîtrise et Doctorat) sommes d'accord sur un point : notre grève se veut solidaire. Nos études sont finies ou presque, nous ne subirons pas la hausse mais la combattons quand même aux côtés du 1er Cycle pour les actuels Cégépiens et secondaires qui paieront le prix fort. Trois heures et deux muffins au chocolat plus tard, nous sommes en vue de Montréal.
 
Soirée.
 
 
Je m'éloigne du cortège en longeant les quais du Vieux Port de Montréal, seul endroit où l'on peut circuler à peu près correctement. Je finis par trouver ce fichu Quai King Edward et apercevoir mon autobus. Départ prévu à 17h mais le temps que tout le monde sorte de la foule, se repère, se retrouve, passe aux toilettes, toilettes qu'il a d'ailleurs fallu trouver (ce qui fut encore plus compliqué que de retrouver le car), nous ne sommes pas partis avant 18h15.
 
Un arrêt une heure trente plus tard sur une aire d'autoroute, pour souper. Nous débarquons à sept autobus, quatre cents personnes, dans un McDonald désert, à mi-personnel. Les pauvres serveurs, vous parlez d'un rush tardif !
 
Encore une heure et demie, et je regagne mes pénates, fatigué d'avoir piétiné mais heureux. Heureux et fier.
 
II La manifestation.
 
Nous débarquons au dessus du McGill College, université anglophone prestigieuse de Montréal, qui est passé complètement à côté du débat sur la hausse, et qui nous regarde passer sur son campus d'un œil dubitatif. Nous rejoignons un, puis deux, puis trois cortèges débouchant de diverses rues, de l'Université Laval, de l'Université de Rimouski, de l'Université de Sherbrooke, et encore aucun n'est vraiment au complet, tout le monde a pris des chemins divers. Quoiqu'il en soit, c'est au milieu presque dix mille personnes que je rejoins le lieu de rendez-vous du départ de la manifestation : la Place du Canada.
 
Place du Canada ? C'est ça.
 
 
Ils attendaient entre 30.000 et 100.000 personnes pour la manifestation. À 12h, deux heures avant le départ prévu du cortège, il apparaît que ce chiffre est battu. La place est pleine de manifestants, qui s'étalent loin dans les rues adjacentes. Au milieu des drapeaux rouges, des fanions bleus. Les Jeunesses Québécoises et des membres du Parti Québécois (PQ), qui forment une haie gentiment protectrice autour... de Pauline MAROIS (1949- ) en personne, la chef du parti. Ca n'étonne personne après ses déclarations de la veille ("Les étudiants ont raison de se battre contre la hausse des frais de scolarité !" en pleine Assemblée Nationale). Je cherche en vain des représentants de Québec Solidaire (QS), le PQ est quand même trop à droite à mon goût...


L'ambiance est très festive, la joie est palpable, il apparaît d'emblée que la manifestation est une réussite avant même de démarrer. Les étudiants sont majoritaires, bien sûr, mais il y a de tout. Des PQuistes comme je l'ai dit, des enseignants du primaire et du secondaire en grève pour protéger le futur droit à l'éducation de leurs élèves, élèves du secondaire qui d'ailleurs n'étaient pas absents de l'évènement, des infirmiers et des médecins qui protestent également contre la Taxe Santé (car oui, la hausse est un problème de forme comme un autre, c'est au fond qu'il y a un problème) et plein d'anonymes bienveillants portant fièrement le carré rouge en signe de soutien et pour exprimer leur ras-le-bol contre le problème de fond. Le problème ? Le gouvernement libéral qui se croit tout permis, qui refuse de débattre, qui refuse d'écouter, qui refuse de discuter ses décisions. Pour tout, pour la hausse, pour les taxes, pour le Plan Nord, rien à faire du peuple puisqu'ils sont au pouvoir. C'est cette attitude qui discrédite la démocratie dans le monde, qu'ils ne viennent pas après s'étonner que les peuples n'aient plus confiance dans les hommes et les partis politiques ! Bref, plein de monde pour crier sa colère. Du monde ! Il en arrive encore, par toutes les rues ! Chaque bout de cortège qui s'ajoute est salué d'une clameur et il y en a presque toutes les cinq minutes. La manifestation prend de l'ampleur.
 
Le cortège s'ébranle lentement, très lentement, lourdement, handicapé par le poids du nombre, par l'étroite Rue Peel. Trop étroite d'ailleurs, ça fait entonnoir, j'ai de la chance d'être pas loin de la tête du cortège. Enfin pas loin... Pas trop loin... mais je ne vois pas le bout ! Avant de dépasser complètement l'angle, j'aperçois un second cortège s'ébranler par une rue parallèle, tant il apparaît que nous ne passerons pas tous par une seule rue.

 
Nous bifurquons Rue Sherbrooke. Pas un seul policier pour canaliser les manifestants. En revanche, de nombreux Montréalais viennent assister au défilé, la plupart acceptant de porter le carré rouge, symbole fort s'il en est. Par les rues adjacentes, les cortèges secondaires nous rejoignent... ou renoncent pour suivre des axes parallèles au vu de la foule qui emplit la voie. C'est à ce moment que ce qui promettait d'être une manifestation d'ampleur peu banale est devenu un évènement historique.
 

Partout, de partout, tout n'était que soutien ! Des drapeaux rouges fleurissaient sur les toits. Le très conservateur McGill College, depuis la matinée, s'était bougé et arborait maintenant carrés rouges et pancartes "McGill en grève !" tandis que certains de ses étudiants et professeurs rejoignaient le cortège au passage. Des immeubles d'habitation, les gens aux balcons et aux fenêtres arboraient leur soutien : signes amicaux avec des T-shirts rouges, nappes et draps rouges accrochées aux balustrades, que sais-je encore ! Chaque boîte et entreprise montrait des pancartes assurant notre cause du soutien des salariés et des syndicats. Chaque minute qui passait voyait notre manifestation enfler, grossir. Le summum entre 15h et 16h. Sortie des écoles. Les enseignants non-grévistes et leurs élèves ont à leur tour épinglé des carrés rouges sur leurs vêtements, ont même sorti des pancartes des établissements scolaires et ont rejoint le mouvement. Mieux ! Des parents, messieurs-dames, avec leurs enfants, parfois même en poussettes à la sortie des crèches, rejoignaient de bonne grâce la manifestation, presque tous avec des pancartes : "Parents solidaires !", "Un avenir pour nos enfants !", "Nous voulons pouvoir payer des études à nos enfants !" et d'autres du même genre. Pour finir, des retraités, des anciens de la Révolution Tranquille et qui descendaient en 2012 défendre avec nous les droits qu'ils avaient acquis de la même manière en 1960.



La consécration : la bifurcation dans la Rue Berri. Nous apprenons que l'arrière du cortège n'a toujours pas quitté la Place du Canada, la manifestation s'étend donc en continu sur près de cinq kilomètres et ce n'est pas fini. Les défilés des rues parallèles, résignés à ne pouvoir se joindre au corps principal, nous font une haie d'honneur sur les ponts des routes perpendiculaires. Le moment est intense, c'est (je crois), à ce moment que nous prenons conscience que nous vivons un moment exceptionnel dans l'Histoire du Québec. Une gigantesque clameur s'élève, un cri de joie et de colère, poussé d'une seule voix par près de 300.000 personnes et qui résonne dans tout Montréal, répercuté par le Saint-Laurent. Que c'est beau, un peuple en colère !
 

Même une violente averse orageuse n'entame pas notre enthousiasme. Nous atteignons finalement la Rue Notre-Dame, l'arrière du cortège est toujours Place du Canada... Pêle-mêle, la foule essaye de s'entasser sur la Place-Boulevard Jacques CARTIER, autour de la Colonne Nelson, sans y parvenir, c'est tout le centre-ville de Montréal qui est occupé d'une marée humaine au drapeau rouge. C'est hélas l'heure pour moi de rejoindre mon autobus, et je dois longer le fleuve pour pouvoir marcher sans piétiner personne. Vu de loin, le spectacle est magnifique. Où que porte mon regard, ce n'est que foule en délire et drapeaux au vent. Le discours, heure de gloire d'un orateur dont je n'ai pas retenu le nom, n'a sûrement pas été bien entendu par tout le monde, mais il restait bien 200.000 personnes pour acclamer chaque fin de phrase. Je me souviendrai toute ma vie de ce jour.

 
III Les incidents.
 
Je vous avoue que j'avais un peu peur dans l'autobus. Tant du côté étudiant que du côté policier, ça ne s'était jamais très bien passé à Montréal depuis le début de la grève. Les encadrants n'étaient pas là pour nous rassurer : consignes contre les gaz, consignes de sécurité drastiques et numéro de téléphone de l'avocat marqué sur le bras en cas d'arrestation...
 
Et puis... Rien. Mais alors, rien ! Depuis, on a su que quelques étudiants montréalais avaient essayé, vers 8h30 du matin, de bloquer le Port de Montréal mais ont été dispersé sans violences par la police. Mais à part ça rien du tout !
 
Cela aussi restera gravé dans l'Histoire. Si je devais paraphraser François MITTERRAND (1916-1996), je parlerais de cette "Force tranquille" si particulière au peuple québécois. Réunir 300.000 personnes en colère pour manifester sans qu'aucun (et je dis bien "aucun") incident ne soit à déplorer, ça tient de l'exploit. Les organisateurs de la manifestation ont reçu les félicitations officielles de la part de la Police de Montréal et des Forces de Sécurité du Québec, ce qui n'est jamais arrivé non plus dans l'Histoire.
 
Tiens, parlons-en de la police. On ne l'a pas vue. Ou si peu. Gestion intelligente de la part des forces de sécurité. Pas de présence trop marquée pour éviter toute provocation qui aurait pu dégénérer. J'affirme que nous étions suffisamment nombreux pour rayer la ville de la carte en cas d'émeute, à moins d'une intervention armée qui aurait entraîné avec elle la chute du gouvernement.
 
Les casseurs, oui bien sûr il y en avait. J'en ai vu. L'air complètement paumé. Pas de policiers à provoquer et surtout beaucoup trop de monde ! La plupart ont jeté bas les masques pour aller distribuer pacifiquement des tracts avec leurs collègues anarchistes. Les autres, devant le regard croche de centaines de gens en même temps, ont préféré se faire oublier avant d'être pendus au lampadaire le plus proche par une foule hostile. ^^
 
IV Participants, réactions et postérité.
 
Entre 200.000 et 300.000 personnes. Sûr. Même les médias (qui appartiennent presque tous aux Libéraux, donc au gouvernement) n'ont pas réussi à minimiser l'affaire. Ne serait-ce que parce que les photos démentent à elles seules le "quelques dizaines de milliers de personnes" que certains journaleux se sont crus obligés d'écrire. La fourchette basse, officielle, annoncée par le gouvernement, est de 200.000 personnes. Même les médias, au cœur de leurs articles, ont été obligé d'admettre qu'il y avait pas loin de 300.000 personnes au plus fort de la manifestation.
 
Line BEAUCHAMP (1963- ), Ministre de l'Éducation et Vice-Première Ministre de la Province canadienne du Québec, a décrété qu'elle était prête à négocier pour peu que les étudiants acceptent la hausse des frais de scolarité. Là... Je vois que deux options. Ou elle n'a rien compris à rien ou elle nous prend pour des cons andouilles.
John James "Jean" CHAREST (1958- ), Premier Ministre de la Province canadienne du Québec, décrète que le gouvernement ne reculera pas, que c'est trop tard et qu'on avait cas le dire avant qu'on était pas d'accord. Comme si on nous avait demandé notre avis. Enfin si, soyons honnêtes, on nous l'a demandé. L'an passé. La hausse avait été refusée à 85%. Depuis, le gouvernement refuse de reconnaître les syndicats étudiants comme interlocuteurs car non encore sur le marché du travail donc hors cadre de la Loi du Travail. Faut pas s'étonner après si on lui gueule dans les oreilles ... Je crois surtout qu'il boude et qu'il essaye de digérer le fait qu'il restera, aux yeux de l'Histoire, comme le plus impopulaire et le plus contesté des Premiers Ministres de la Province du Québec. Mettre 300.000 personnes dans la rue, ça ne s'était jamais fait. On se souviendra de lui pour ça. Bien fait !
 
Car oui, cette manifestation est historique. Même lors de la Révolution Tranquille, même durant les contestations à la fin de la Grande Noirceur (1944-1959) contre les conservateurs cléricaux de l'Union Nationale, jamais autant de monde n'était descendu en même temps dans la rue, même si l'ont tient compte des proportions démographiques entre les deux périodes. Ca ne s'était jamais vu, ça ne s'était jamais fait dans l'Histoire du Québec, tout simplement. 300.000 personnes, à populations proportionnelles, ça correspond à environ 2,4 millions de personnes en France. À manifester dans une seule ville. Car cela ne tient pas compte de tous ceux qui sont restés dans les universités et CÉGEP (Collèges d'Enseignement Généraux Et Professionnels) du Québec pour faire des lignes de piquetage de grève devant les cours pour empêcher leur tenue. Je pense que pas loin de 500.000 personnes étaient en protestation ce jour.
 
Ce jour ? Jeudi 22 Mars 2012. Sans vraiment le vouloir de cette ampleur, nous avons pourtant marqué l'Histoire du Québec, et les historiens se pencheront sur la protestation étudiante de 2012 rien que pour cela, tandis que dirai fièrement à mes petits-enfants que j'y étais (et que non, il n'y avaient ni dinosaures ni mammouths). Je ne sais pas si le mouvement va prendre de l'ampleur au point que nous parlerons de Printemps Érable. Je ne sais pas qui du gouvernement ou du mouvement va caler en premier. J'ignore si nous écrivons une page d'Histoire ou si nous nous contentons d'en émarger une autre. Ce que je sais, c'est que j'ai participé jeudi à quelque chose d'exceptionnel, et que j'en suis fier. Je n'oublierai jamais.
 
Je me souviendrai.