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jeudi 2 juin 2011

Bilan de la Commune de Paris (1871)

La répression arbitraire cessa début Juin 1871. Les procès en bonne et due forme succédèrent aux hâtifs conseils de guerre. Ils durèrent jusqu'en 1874. Il en résulta 93 condamnation à mort, dont 23 exécutées et une à titre posthume : Charles DELESCLUZE (que tout le monde savait mort pourtant...). 5.000 personnes (dont Louise MICHEL) furent envoyées en déportation politique en Nouvelle-Calédonie, et 6.000 autres furent emprisonnées ou condamnées au bagne. Une amnistie générale sera proclamée en 1880.

De nombreux Communards parviennent néanmoins à s'exiler en Confédération Suisse ou en Royaume d'Italie, certains même gagnent Londres pour commencer à former la Seconde Internationale Ouvrière Socialiste (1889-1923), reprochant à la Première Association Internationale des Travailleurs (1864-1872) de ne pas les avoir assez soutenu durant la Commune de Paris (1871).

Le bilan humain est incroyablement lourd pour une révolte aussi courte dans le temps.
La Troisième République Française déplore la perte d'environ 1.000 tués, dont une centaine d'otages et d'exécutés par la Commune.
Paris a payé un très lourd tribut durant cet épisode. La municipalité de Paris a payé 17.000 enterrements. Mais on découvre encore des fosses communes datant de Juin 1871, et le bilan réel est assurément plus élevé. Les Amis de la Commune parlent de 30.000 à 35.000 morts, ce qui n'est pas improbable, mais un bilan raisonnable se situe entre 20.000 et 25.000 morts, dont 18.000 à 23.000 rien que durant la seule Semaine Sanglante du 21 Mai au 2 Juin 1871.






Au niveau matériel, Paris est à reconstruire. Des artisans sont appelés de toute la France pour remettre en état les monuments. Parmi ces artisans, les meilleurs d'entre eux : les Compagnons. Compagnons dont faisait partie le grand-père paternel de Marcel PAGNOL (1895-1974), évènement évoqué à l'occasion de toute autre chose dans "Le Temps des Secrets" (1960), troisième tome des "Souvenirs d'enfance" (1957-1977).


Mais il y a des choses que l'on ne peut reconstruire. Les archives municipales, judiciaires et policières, de nombreuses œuvres culturelles et autres correspondances ont irrémédiablement brûlées dans l'incendie des bâtiments importants et des grands palais. Un trou dans l'Histoire de Paris que les historiens ne pourront jamais combler.

La Commune de Paris est un évènement à part dans l'Histoire. Elle ne pouvait se déclencher que dans ce contexte (une défaite, une armée prisonnière, un gouvernement monarchiste), mais c'est ce même contexte qui la broie (un pays las de la guerre, une armée prête, un gouvernement élu au suffrage universel). La Commune de Paris était condamnée dès le 18 Mars 1871. Ce n'était qu'une question de temps. Les Communards ont d'ailleurs à leur actif plusieurs actes manqués qui auraient pu retarder l'échéance : ne pas avoir marché sur Versailles le 18 Mars 1871 pour s'emparer d'un gouvernement surpris et sans protection, et ne pas s'être emparé de la Banque de France et de ses millions de Francs, qui leur auraient permis d'acheter des sympathies et donc du temps. Par ailleurs, l'échec de la Commune de Paris consacre la division Paris/Provinces et la lassitude des ces-dernières de voir Paris décider tout le temps. Pour rappel, la Révolution Française de 1789 est parisienne, les Révolution des Trois Glorieuses de Juillet 1830 de même, et la Révolution Française de 1848 encore. Et en Septembre 1870, c'est encore les Parisiens qui renversent le Second Empire Français (1852-1870). La Commune de Paris, c'était la révolution de trop. D'autant que cette fois-ci, elle s'insurgeait contre un gouvernement élu au suffrage universel. Cela ne se reverra jamais dans l'Histoire de France (à part en 1958, avec le Putsch d'Alger, mais cela n'est pas comparable). Bien sûr, il y a eu les Communes de la Ligue du Sud : Lyon, Marseille, Narbonne, Limoges, etc... mais cela est différent. Elles ont éclaté dès Septembre 1870, dans une zone non militarisée, à l'annonce de la chute du Second Empire. Elles sont souvent dues au républicanisme exacerbé des classes ouvrières urbaines, qui profitent de l'absence de militaires pour hisser le drapeau rouge sur l'Hôtel de Ville. Henry René Albert Guy de MAUPASSANT (1850-1893) donne un tableau de cet enthousiasme provincial républicain dans une de ses nouvelles dont le nom m'échappe mais qui peut se trouver dans le recueil "Récits de Guerre de de Défaite" (1993). Elles se sont parfois éteintes d'elles-mêmes, faute de participants, ont été parfois matées par la Troupe envoyée par Thiers ou le Gouvernement de Défense Nationale. En clair : la Province a laissé Paris crever, enfermé dans ses propres murailles par Thiers, suivant un plan développé en 1848 pour sauver le Roi-Citoyen-Bourgeois Louis-Philippe Ier d'Orléans des Français (1773 ; 1830-1848 ; 1850) mais qui n'avait pas eu le temps d'être mis en place.

Sur un plan politique, la Commune de Paris a pris un certain nombre de mesures progressistes que la Troisième République Française mettra des décennies à appliquer, bien souvent sous la pression des grèves et des électeurs. Le Socialisme mettra quant à lui dix ans avant de se remettre du coup porté à ses meneurs durant la répression. Le fédéralisme municipal n'a jamais été essayé en France.

La Commune n'a pas été non plus soutenu par les intellectuels et les artistes de l'époque. Théophile GAUTIER (1811-1872) et Alexandre DUMAS fils (1825-1895) en particulier ont été très virulents pendant et après l'évènement. Même Émile ZOLA (1840-1902) s'est insurgé contre l'insurrection, mais a fermement condamné la répression. Le grand silencieux dans l'affaire a été Victor Marie HUGO (1802-1885), personnellement opposé à la Commune, mais qui s'est tu par amitié pour Louise MICHEL, qu'il n'a pas cessé d'essayer de faire libérer et a accueilli après l'amnistie.

BIBLIOGRAPHIE.

_Pierre MILZA, L'Année terrible, Paris, 2009.
_Jacques ROUGERIE, Que sais-je ? La Commune de 1871, Paris, 2009.
_Robert TOMBS, La Guerre contre Paris, 1871, Paris, 1997.
_Jean-Marie MOINE, Les mouvements ouvriers de 1871 à 1936, Chapitre I : la Commune de Paris, Cours de quatrième semestre de Licence L2 en Histoire-Archéologie, Université François RABELAIS, Tours, 2010.
_Les images viennent de Google Pictures, j'ai perdu la liste des sites visités, mais celui des Amis de la Commune venait régulièrement.

Plus digeste : témoignages de survivants et autres romans.
_Maxime VUILLAUME (1844-1925), Mes cahiers rouges au temps de la Commune, Paris, 1871.
_Jules Louis Joseph VALLÈS (1832-1885), Trilogie autobiographique de Jacques VINGTRAS, III : L'Insurgé, Paris, 1885
_Jean VAUTRIN, Le Cri du Peuple, Paris, 1998. (roman)
_Jean VAUTRIN & Jacques TARDI, Le Cri du Peuple. I : Les canons du 18 mars. II : L'espoir assassiné. III : Les heures sanglantes. IV : Le testament des ruines, Bruxelles, 2001-2004 (un par an). (bande-dessinée, vivement conseillée)


Post-Scriptum (P.S.) : Ainsi s'achève cette longue et haletante épopée sur la Commune de Paris de 1871. Malgré quelques heures passées en bibliothèque en parallèle à mes propres révisions, j'y ai pris du plaisir, et j'ose espérer que mes lecteurs aussi. Vous aurez compris que mes sympathies vont aux Communards, mais que je me suis forcé, sinon à l'objectivité, du moins à la neutralité, devoir de l'historien.

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